Le vivant : robustesse, entraide, prédation

Le vivant : robustesse, entraide, prédation

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Le vivant traverse depuis près de quatre milliards d’années un monde instable. Comment fait-il, et qu’en apprendre pour des sociétés qui entrent dans un siècle de fluctuations ? Les voix réunies ici viennent d’horizons différents : biologistes des plantes et de l’évolution, agronome, forestiers, naturalistes, primatologue, paléoanthropologue, et surtout un philosophe pisteur, Baptiste Morizot. Le blog y ajoute des lectures (Thoreau, Barjavel, Vigny, Jack London) et un texte de son auteur, La vie avant l’intelligence.

Le parcours compte sept étapes, à suivre dans l’ordre. Les quatre premières convergent : la robustesse plutôt que la performance, un vivant qui n’est ni une machine ni une collection, la forêt, la cohabitation. Les trois dernières mettent des positions face à face, car le vivant chasse et tue aussi : le loup, l’origine de la morale, la guerre et l’effondrement. Beaucoup d’intervenants transposent des leçons de biologie à la société ; ces analogies éclairent sans démontrer, et certains exemples très repris, comme l’entraide des arbres par leurs réseaux de champignons, sont aujourd’hui discutés. Les autres posts sont regroupés en fin de page.

Étape 1 — Robuste parce que non performant

Le vivant n’est pas optimisé. Ses marges, ses lenteurs et ses redondances sont ce qui lui permet d’encaisser les fluctuations, quand la recherche de performance fragilise les systèmes qu’elle prétend améliorer. Le biologiste Olivier Hamant et l’agronome Pablo Servigne y ajoutent la même observation, à partir d’exemples différents : quand le milieu devient pauvre ou hostile, la coopération l’emporte sur la compétition.

Étape 2 — Ni machine, ni collection d’espèces

Si le vivant n’est pas optimisé, c’est qu’il n’a pas été conçu : il est le produit d’une histoire, d’un bricolage, d’un équilibre qui se maintient en bougeant. Deux biologistes de l’évolution invitent à quitter l’image de la machine et celle d’espèces figées ; un essayiste reconnaît des intelligences sans cerveau. L’auteur du blog prend la question par l’autre bout : le vivant vient avant l’intelligence.

Étape 3 — La forêt : conduire ou accompagner

La forêt est le lieu où ces idées deviennent pratiques. Gérée depuis le Moyen Âge, elle est aujourd’hui exposée au climat, à la mécanisation et à la demande de bois. Un récit historique réalisé avec l’ONF, le témoignage d’un ancien garde et un débat entre un forestier et un philosophe en donnent trois visages ; le débat aboutit à une formule commune : accompagner la forêt plutôt que la conduire.

Étape 4 — Cohabiter, et réapprendre à lire le vivant

Pour Baptiste Morizot, la crise écologique est aussi une « crise de la sensibilité au vivant ». Il propose une diplomatie avec les autres espèces, qu’il reconnaît asymétrique, une action qui réactive des dynamiques autonomes plutôt qu’elle ne maintient sous perfusion, et le pistage comme manière de lire des paysages où l’on « voit tout » sans rien lire.

Étape 5 — Le loup : cohabitant, concurrent ou figure morale ?

Le vivant ne fait pas que s’entraider : il chasse, tue, se dispute des territoires. Revenu en France, le loup concentre ces tensions. Morizot y voit un cohabitant avec qui négocier, et situe le conflit dans la crise du pastoralisme ; un vidéaste chasseur, un prédateur revenu dans un pays d’éleveurs, qui refuse de choisir un camp. Les écrivains en tirent des leçons opposées : la dignité silencieuse chez Vigny, l’ivresse de la chasse chez London.

Étape 6 — D’où vient la morale ?

Si la coopération est si ancienne, la morale l’est-elle aussi ? Le primatologue Frans de Waal la fait naître « d’en bas », des émotions sociales partagées avec les autres primates, bien avant les religions. Le biologiste chrétien Jeffrey Schloss lui accorde les briques, pas l’édifice : la vertu morale suppose des normes et un jugement sur soi. Le désaccord porte moins sur les faits que sur la définition de la morale.

Étape 7 — Guerre et paix, puis l’effondrement

L’humain est-il pacifique par nature et rendu guerrier par l’agriculture, ou guerrier par héritage ? Le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin et le chercheur Hugo Meijer décrivent une espèce « biface », capable de partage comme de guerre en coalition ; Barjavel faisait de la guerre un phénomène biologique, Fabian Scheidler la rapporte à la concurrence des puissances. Dernier visage de l’interdépendance : vers 1200 avant notre ère, les royaumes de l’âge du bronze, liés les uns aux autres, tombent presque tous.