Une histoire allemande
Trois histoires héritières du partage de Verdun (843) : Une histoire française (la Francie occidentale), Une histoire bourguignonne (la Lotharingie), Une histoire allemande (la Francie orientale).
Cette page ne couvre que la période contemporaine, de la Prusse du XIXe siècle à 1945 : c’est celle que traitent les vidéos du blog. Les siècles antérieurs sont pour l’instant traités dans l’histoire bourguignonne et sur la frise Histoire.
Comment une société instruite et industrielle, dotée en 1919 d’une constitution démocratique, a-t-elle pu se donner à un mouvement qui pesait 2,6 % des voix en 1928, puis le suivre jusqu’à la guerre d’anéantissement et au génocide ? Le blog aborde la question par des documentaires, des entretiens et des conférences. Trois historiens français y tiennent la première place : Johann Chapoutot, Christian Ingrao et Nicolas Patin, coauteurs du Monde nazi, 1919-1945 (2024).
Le parcours compte six étapes, à suivre dans l’ordre : la Prusse et la fin de l’Empire, la paix de 1919, l’arrivée au pouvoir, le régime et son utopie de l’Est, la guerre et la défaite, enfin les interprétations qui s’opposent. Plusieurs intervenants rapprochent cette histoire du présent : ces analogies relèvent de leurs positions personnelles. Les autres posts sont regroupés en fin de page.
- Étape 1 — La Prusse, l’Empire et la Grande Guerre (1417-1918)
- Étape 2 — 1918-1923 : une défaite que l’Allemagne ne voit pas
- Étape 3 — Un pouvoir donné plus que conquis (1929-1934)
- Étape 4 — Le régime : adhésion, terreur et utopie de l’Est (1933-1945)
- Étape 5 — La guerre et la défaite (1939-1946)
- Étape 6 — Les tensions : modernité, responsabilité, totalitarisme
Étape 1 — La Prusse, l’Empire et la Grande Guerre (1417-1918)
Tout commence par un État bâti autour de son armée : le Brandebourg des Hohenzollern devient royaume de Prusse en 1701, grande puissance au prix des armes sous Frédéric II, puis artisan de l’unité allemande en 1871. Le consensus d’après-guerre a fait de cette Prusse militariste la source du nazisme ; la thèse d’une « voie particulière » allemande est aujourd’hui relativisée. Viennent ensuite la Grande Guerre et la chute de l’Empire, en novembre 1918.
- Comment la Prusse est devenue une grande puissance (Épisodes d’Histoire – Karambolage)
Karambolage et Épisodes d’Histoire : du Brandebourg ravagé par la guerre de Trente Ans au royaume du « roi-soldat », puis à la grande puissance de Frédéric II. - La fin de la Megamachine – Vers la guerre totale
Un extrait de Fabian Scheidler : vers 1900, le Reich veut détrôner l’Empire britannique, et la guerre de 1914 devient la première guerre d’anéantissement industrielle. - Sarajevo, 1914 : l’attentat le plus maladroit de l’histoire ? (Sombre Histoire)
Sarajevo, 28 juin 1914 : sept conjurés, un attentat qui faillit échouer, et l’engrenage des alliances qui conduit à la guerre. - Les Hohenzollern, de la chute de Guillaume II au IIIe Reich (NDR – Mark Felton)
La chute de Guillaume II en 1918 (NDR, en allemand), puis les espoirs de restauration que la famille impériale en exil place dans Hitler (Mark Felton, en anglais).
Étape 2 — 1918-1923 : une défaite que l’Allemagne ne voit pas
En novembre 1918, l’armée allemande recule sans capituler et le territoire national est intact : beaucoup d’Allemands ne se tiennent pas pour vaincus, et le traité de Versailles est vécu comme une condamnation morale. Les vidéos de cette étape, d’un point de vue nettement français, refusent pourtant d’en faire la cause du nazisme, et rappellent que le réarmement commence dès 1922.
- 1918, le piège de l’Armistice (Général de Castelnau)
Le film en deux parties de la chaîne Général de Castelnau : les offensives allemandes du printemps 1918, puis une victoire alliée qui aurait pu être plus nette. - 1914-1918 : Verdun, la Belgique occupée, le traité de Versailles
Trois regards sur la Grande Guerre, dont celui de D-Mystif sur le traité de Versailles et la question de savoir s’il a condamné la France. - De l’armistice au réarmement allemand : la paix perdue de 1919 (Cap-hornier – D-Mystif)
Cap-hornier sur l’armistice et la conférence de la paix, puis D-Mystif sur le réarmement allemand, engagé dès 1922 avec l’aide soviétique. - La Sarre, un jeune enfant de l’Allemagne (Zeidgenosse)
La Sarre, territoire découpé en 1920 autour de ses mines de charbon, qui vote en 1935 à plus de 90 % son retour à l’Allemagne (en allemand).
Étape 3 — Un pouvoir donné plus que conquis (1929-1934)
Le parti nazi pèse 2,6 % des voix en 1928. La crise de 1929 et le gouvernement par ordonnances, à partir de 1930, changent la donne : il atteint 37,3 % en juillet 1932, puis retombe à 33 % en novembre. Hitler n’a jamais été élu ; l’entourage de Hindenburg le nomme chancelier le 30 janvier 1933 en croyant pouvoir l’utiliser. La dictature se consolide à l’été 1934, avec la Nuit des longs couteaux.
- Le monde nazi, 1919-1945 (Johann Chapoutot, Christian Ingrao, Nicolas Patin)
Le Monde nazi présenté par ses trois auteurs, et la synthèse de Christian Ingrao pour Nota Bonus, de la naissance du NSDAP à l’effondrement de 1945 : la meilleure porte d’entrée. - Le monde nazi et « les irresponsables » (Johann Chapoutot, Christian Ingrao)
Christian Ingrao et Johann Chapoutot sur le consentement des masses, puis Chapoutot sur Les Irresponsables : la droite allemande a porté Hitler au pouvoir. - La résistible ascension d’Arturo Ui, une histoire bien connue (Johann Chapoutot – Mollat)
Chapoutot, autour de la pièce de Brecht : une ascension nullement fatale, offerte par Hindenburg et von Papen, et portée par une bourgeoisie patrimoniale plus que par les ouvriers. - La nuit des longs couteaux (ARTE)
ARTE sur la purge du 30 juin 1934 : Röhm et des opposants conservateurs assassinés, des meurtres légalisés après coup, une armée ralliée.
Étape 4 — Le régime : adhésion, terreur et utopie de l’Est (1933-1945)
Le régime tient moins par un chef et une propagande tout-puissants que par l’adhésion : gratifications pour les uns, terreur pour les exclus, dénonciations et contrôle social entre les deux. Son utopie est à l’Est, sur un territoire à vider de ses habitants pour y installer des colons allemands, et l’extermination des Juifs en est indissociable. Pour les auteurs du Monde nazi, la Shoah, projet nazi, devient une réalisation européenne.
- Joseph Goebbels, une propagande sans limite ? (Nicolas Patin – CHRD Lyon)
Nicolas Patin, lecteur du journal de Goebbels : la propagande ne lave pas les cerveaux, elle fixe les cadres dans lesquels on pose les questions. - Comment Albert Speer a menti au monde entier (Jean-Noël Orengo – Conversations chez Lapérouse)
Le romancier Jean-Noël Orengo sur Albert Speer, metteur en scène du pouvoir nazi et ministre de l’Armement, qui sut se construire après la guerre l’image du « bon nazi » repenti. - Hitler, la promesse de l’Est et les intellectuels SS (Christian Ingrao)
Trois entretiens avec Christian Ingrao : un Hitler « zénithal » qui fixe les horizons sans régler la mise en œuvre, l’utopie de l’Est, les intellectuels du SD à la tête des Einsatzgruppen. - Ciné-débat autour de La Zone d’intérêt (Johann Chapoutot – CentraleSupélec)
Johann Chapoutot commente La Zone d’intérêt : Auschwitz comme complexe économique, et le rendement comme seul titre à vivre dans la vision du monde nazie.
Étape 5 — La guerre et la défaite (1939-1946)
La Wehrmacht n’était pas la machine à vaincre de la légende : remarquable sur le plan tactique, elle servait une guerre mondiale engagée sans stratégie mondiale, contre des adversaires bien plus puissants. La défaite a ses propres violences : marches de la mort à l’évacuation des camps, puis expulsion des Allemands d’Europe centrale.
- L’Axe pouvait-il gagner ? La Wehrmacht, vérités et légendes (Tonton Manu – Jean Lopez – Storiavoce)
Tonton Manu chiffre un rapport de forces écrasant ; Jean Lopez défait le mythe d’une Wehrmacht invincible et d’un Blitzkrieg qui n’a jamais été théorisé. - La Seconde Guerre mondiale jour par jour, en cartes animées
La Seconde Guerre mondiale jour par jour en cartes animées, sans commentaire, puis la bataille de France de mai-juin 1940. - Le chemin de souffrance des détenus de Dachau (Bavière)
En Haute-Bavière, le mémorial de la marche de la mort des détenus de Dachau, jetés sur les routes par les SS en avril 1945. - L’expulsion des Allemands de Tchécoslovaquie (ARTE)
ARTE sur l’expulsion de près de trois millions d’Allemands de Tchécoslovaquie : comment dire cette injustice sans oublier ce qui l’a précédée ?
Étape 6 — Les tensions : modernité, responsabilité, totalitarisme
Trois débats restent ouverts. Pour Johann Chapoutot, Christian Ingrao et Nicolas Patin, le nazisme est un possible de la modernité européenne poussé au paroxysme ; leurs contradicteurs, que le corpus ne fait entendre qu’à travers des objections, y voient une rupture, marquée par la singularité de l’antisémitisme et de la Shoah. Le pouvoir a-t-il été donné par les élites conservatrices (étape 3), ou porté par une dynamique de masse, comme le soutient Götz Aly ? Le concept de totalitarisme, enfin, est sans valeur pour le nazisme selon Chapoutot et Patin, alors qu’Hannah Arendt ou Raymond Aron en défendaient la portée comparative.
- Le nazisme fut-il moderne ? – Johann Chapoutot [La Cité Miroir]
Johann Chapoutot : les nazis trouvaient leurs raisons de tuer dans un héritage européen, et le général SS Reinhard Höhn, devenu théoricien du management, en sert d’exemple. - Extractivisme, complotisme, illimitisme : ce que le nazisme dit de nous (Johann Chapoutot – Institut Momentum)
Chapoutot encore : complotisme et extractivisme, ou ce que le nazisme, poussant à l’extrême des tendances de la modernité, dirait de notre époque. - Totalitarisme, nazisme et impérialisme (Johann Chapoutot – Le Vent Se Lève)
Deux débats : avec Sophie Wahnich, Chapoutot récuse le concept de totalitarisme ; avec Eugénie Mérieau, il soutient que les nazis n’ont rien inventé. - Le plus terrifiant dans 1984… est une idée philosophique (Monsieur Phi)
L’autre lecture, par la littérature : Monsieur Phi voit dans 1984 un pouvoir totalitaire qui prétend contrôler jusqu’à la vérité, d’où la liberté de dire que deux et deux font quatre.
La Prusse, les confins et la réconciliation franco-allemande
Lectures : la tyrannie et la violence ordinaire
Voir aussi : la frise Histoire, une histoire française.