Langues et mots

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D’où viennent les langues que l’on parle, comment les mots changent-ils de forme et de sens, et que se passe-t-il quand on confie la langue à une machine ? Le blog est tenu entre deux terres de frontière : le Nord, où le picard et le ch’ti résistent encore, et le Luxembourg, où l’on passe chaque jour du luxembourgeois à l’allemand et au français. Les langues y sont rarement un sujet abstrait : elles s’entendent dans une berceuse, une blague, une leçon de latin.

Le parcours compte six étapes, à suivre dans l’ordre : la grande famille indo-européenne, la frontière entre mondes latin et germanique, les langues régionales de l’espace du blog, l’histoire du français et de ses mots, les mots qui piègent la pensée, enfin la langue des machines, des langages de programmation aux modèles de langage. Plusieurs vidéos sont en anglais. Les autres posts sont regroupés en fin de page.

Étape 1 — D’où viennent les langues : la famille indo-européenne

Du gaélique au persan et au hindi, la plupart des langues d’Europe et une partie de celles d’Asie descendent d’une même langue, reconstituée par les linguistes : le proto-indo-européen. Retrouver ceux qui la parlaient suppose de croiser la linguistique avec l’archéologie, puis la génétique. L’écriture, elle, est bien plus tardive.

Étape 2 — Une frontière linguistique entre latin et germanique

De la Suisse à la mer du Nord court une frontière entre langues romanes et germaniques. Elle coupe la Belgique entre Wallons et Flamands et traverse le Luxembourg du nord au sud ; en Belgique, elle n’a presque pas bougé depuis l’époque romaine. Son origine se discute : voie romaine, installation des Francs, prédication en langue locale. Elle n’a longtemps eu aucun sens politique.

Étape 3 — Picard, ch’ti, luxembourgeois : les langues de tous les jours

Le picard fut la langue du nord de la France avant d’être écarté par le français d’Île-de-France ; il en reste un accent, des mots, le ch’ti, et des chansons. Au Luxembourg, le multilinguisme est l’ordinaire : une famille y passe d’une langue à l’autre, parfois à ses dépens.

Étape 4 — Le français et ses mots : une histoire

Le français est un latin transformé par les Gaulois, les Francs, les siècles et l’usage. Ses mots s’usent, se renforcent, se retournent : la négation perd son « ne », le verlan met les syllabes à l’envers. Même l’« ancien français » est une étiquette discutée.

Étape 5 — Les mots qui piègent la pensée

Bien des débats tournent en rond parce que les deux camps ne mettent pas le même sens derrière le même mot. Les signes, en mathématiques comme ailleurs, sont des conventions qu’il faut apprendre comme une langue. Et contrôler les mots peut servir à contrôler la pensée, jusqu’à la réalité elle-même.

Étape 6 — Traduire, programmer : la langue des machines

Faire parler les machines a d’abord voulu dire leur inventer des langues : Fortran, COBOL, LISP, puis des centaines d’autres. En 1993, la traduction automatique passait pour une « mission impossible ». Trente ans plus tard, les modèles de langage semblent parler la nôtre ; reste à savoir s’ils la comprennent.