Me voici.

Me voici.

Nous avons ainsi dit Oui : Oui à la vie. Oui au temps qui passe. Oui à la fragilité des choses.

Nous avons cherché à habiter ce oui. Être ici. Être maintenant. Être pleinement présent dans le courant du fleuve.

Et pourtant, une question s’infiltre. Ce oui que j’apprends à dire : est-il vraiment premier ? On pourrait vouloir qu’il le soit : une affirmation pure, venue de soi, ne devant rien à personne. Mais plus je m’installe dans le ici et maintenant, plus je sens que quelque chose me précède. Non pas une contrainte. Plutôt une invitation. Comme si le oui que je prononce était déjà, sans que je le sache, une réponse.

Un oui est toujours réponse à quelque chose.
Une présence est toujours présence à quelque chose.
Une fidélité est toujours fidélité à quelque chose.

À quoi répondons-nous lorsque nous disons oui à nos vies ?

Car si le oui est premier, nous sommes seuls, souverains, mais seuls. Si le oui est réponse, nous sommes précédés; et cette différence change tout à la manière d’habiter le monde.

Oui, peut-être notre existence est-elle moins solitaire que nous le pensions.
Oui, peut-être sommes-nous précédés.
Précédés par une origine.
Précédés par une parole.
Précédés par un souffle qui nous met en mouvement.

Et si ce que la tradition chrétienne appelle le mystère trinitaire révélait quelque chose de cette structure fondamentale de notre existence ?

Comme si l’origine, la parole et le souffle que nous découvrons au cœur de nos vies trouvaient en lui leur source et leur accomplissement.

Au cœur de mon existence, trois expériences se révèlent.

Je suis créé. Je n’ai pas choisi d’exister. Mon existence m’est donnée. Je découvre que je viens d’une origine qui me précède.
Avant toute décision, avant toute pensée, avant toute œuvre, je suis un être reçu.

Puis je découvre que le monde n’est pas silencieux.
Quelque chose m’appelle. À travers les Écritures, la conscience, les rencontres, les événements, une parole me rejoint. Je ne suis pas seulement un être vivant ; je suis un être à qui l’on parle. Je suis invité à comprendre, à discerner, à choisir.

Mais entendre un appel ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir y répondre.
Or je fais l’expérience d’une force intérieure qui me relève, m’inspire, me pousse à aimer davantage que ce que mes seuls calculs permettraient. Une impulsion qui me tire hors de l’indifférence, hors de la peur, hors du repli sur moi-même.

Ainsi se dessine cette étrange structure de l’existence :

  • Je suis créé.
  • On me parle.
  • Je suis animé pour répondre.

Peut-être est-ce cela, au fond, être une personne : recevoir l’existence, écouter l’appel, répondre en acte.

La tradition chrétienne a vu en cela plus qu’une simple structure psychologique ou existentielle.

Elle y reconnaît l’action du Père, du Fils et de l’Esprit.
Le Père donne l’être.
Le Fils est la Parole qui appelle.
L’Esprit est le souffle qui rend capable de répondre.

Peut-être est-ce là une manière simple et humble d’approcher la Trinité : non comme un problème à résoudre, mais comme le chemin même de notre existence.

Certains objecteront que Dieu est certainement plus grand que cela. Ils ont raison.
Mais aucune formule humaine, aucun mot humain ne peut enfermer l’infini de Dieu.
Son mystère dépasse tout ce que nous pouvons concevoir.

Mais pour nous, êtres humains, le Père, le Fils et l’Esprit constituent l’horizon de la rencontre.
Nous recevons l’être.
Nous recevons la parole.
Nous recevons la capacité de répondre.

Car si Dieu me crée, me parle et m’anime, ce n’est pas pour me retirer du monde.
Au contraire, le dialogue avec Dieu trouve son accomplissement dans l’action.

  • Recevoir l’être devient gratitude.
  • Recevoir la parole devient discernement.
  • Recevoir l’Esprit devient engagement.

Le véritable lieu où la Trinité devient visible n’est peut-être pas d’abord dans les traités de théologie, mais dans l’existence humaine lorsqu’elle devient créatrice, attentive et généreuse.

  • Lorsque quelqu’un construit plutôt que détruire.
  • Lorsqu’il écoute plutôt que dominer.
  • Lorsqu’il agit pour la justice plutôt que pour son seul intérêt.

Alors le mouvement reçu de Dieu continue son chemin dans le monde.
Le Père continue de donner la vie.
Le Verbe continue de se faire entendre.
L’Esprit continue de susciter des réponses.

La foi n’est alors plus simplement croire quelque chose sur Dieu.
Elle devient participation à une conversation commencée avant nous et qui nous dépasse.

Nous avons reçu l’existence comme une parole adressée.
À nous maintenant d’y répondre, non seulement par des mots, mais par la manière dont nous habitons le monde.

Me voici.

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